Eglise : "Il y a eu des problèmes de communication" PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Catherine Kurzawa & Loïc Verheyen   
Vendredi, 12 Novembre 2010 11:51

Depuis les perquisitions menées au sein de l’Eglise, le 24 juin 2010, il ne se passe presque plus un jour sans que les médias n’abordent les scandales de pédophile. Comment l’institution religieuse fait face à cette pression médiatique ? Comment cette crise est-elle gérée en interne ? Quelle sera la réponse de l’Eglise ? Rencontre avec un spécialiste de l'information religieuse, le père Tommy Scholtès.

 

Directeur de la Radio Chrétienne Francophone et de l'agence de presse Cathobel, Tommy Scholtès est un habitué de la communication médiatique. D'ailleurs, l'homme se tient constamment informé de tout ce qui se passe, via son smartphone. C'est dans les locaux de la maison des médias, à Wavre, qu'il a accordé un entretien à SIC! Morceaux choisis…

L'Église a généralement une image assez conservatrice. Et pourtant, vous avez une maison des médias, vous avez des journaux, une radio, vous êtes bien présent sur Twitter donc, finalement, la communication est assez moderne…

"Oui, je crois qu'on a depuis toujours suivi l'évolution et donc, je pense que l'Église catholique a commencé son premier site Internet il y a une quinzaine d'années avec catho.be et donc, l'ensemble des moyens de communication est tout à fait à la hauteur de ce que sont les autres. On ne prétend pas être dans les meilleurs parce que ça coûte très cher aussi."

Malgré cette structure moderne, ces derniers temps, on a senti que la communication était assez chaotique: chacun y allait de son propre commentaire. Charles Delhez, le rédacteur en chef du journal Dimanche, disait récemment dans une interview qu'il y a "un problème de communication interne et externe". Est-ce que vous êtes d'accord avec ça?

"Je crois qu'on a vu effectivement qu'il y a eu des problèmes de communication ces derniers mois. Il est évident que la découverte, enfin, l'exposé fait par le professeur Adriaenssens et son rapport a vraiment consterné la communauté chrétienne et bien au-delà. Et les réactions n'ont pas été perçues comme étant à la hauteur de ce que les gens auraient aimés. Quand on dit les gens, c'est les médias et le grand public. Il y a des explications à cela: il y a eu une hyperprudence de la part de ceux qui ont fait une conférence de presse quelques jours plus tard. Il y a aussi des nuances exprimées par certains évêques quelques jours après." (…)

 

          Tommy Scholtès revient sur l’organisation de la conférence de presse du 13 septembre 2010.




La semaine dernière, il y a eu un évènement important: la démission de Jürgen Mettepenningen, le porte-parle de la conférence épiscopale. Il démissionne seulement après 3 mois de fonction. C'est quand même symbolique des problèmes de communication que l'Église rencontre en ce moment...

"Oui, c'est significatif des problèmes de communication mais aussi de l'entente qu'il y avait entre Monseigneur Léonard et Jürgen Mettepenningen qui a dénoncé un certain nombre de points. Bon, c'est vrai que ça a fait un coup d'éclat. Je ne pense pas qu'il y ait d'autres exemples de ce genre (…). Surtout qu'il l'a fait avec un certain fracas puisqu'il a lui-même convoqué une conférence de presse, ce qui peut poser des questions en terme de déontologie. Est-ce qu'un porte-parole n'est pas lié par ce qu'il a entendu, par ce qu'il a vu de près, même au-delà de sa fonction? (…) Mais c'est sûr que les questions qu'il a mises en évidence montrent qu'il y avait un gros problème entre lui et Monseigneur Léonard. Mais je ne pense pas que c'était comme ça qu'il fallait le faire."



Apparemment pas seulement entre eux deux, parce que d'autres personnes ont critiqué l'esprit en quelque sorte "borné" de Monseigneur Léonard qui ne semble  pas vouloir écouter les conseils des spécialistes en communication…

"On a eu plusieurs réunions et (..) les choses ont été clairement dites à Monseigneur Léonard: les difficultés que nous rencontrions en termes de communication. Il a aussi expliqué un certain nombre de choses; parce que l'emballement médiatique, c'est aussi une réalité. Donc, je pense que quand on voit que le livre qui a été écrit il y a 4 ans et traduit maintenant, soulève des tempêtes médiatiques, on peut au moins se poser des questions: pourquoi 4 ans plus tard, voir le même texte pose autant de questions? Je pense que Monseigneur Léonard est quelqu'un qui a des idées très très claires et donc, qui a des idées qui peuvent paraître provocantes parfois. Et ça, en terme médiatique, c'est toujours intéressant. On l'a vu à l'émission "Répondez @ la question". Voilà, il sait débattre. Mais entre débattre fortement et avoir un discours pastoral, (...) ce sont deux choses différentes. Là, je sens parfois que le professeur de métaphysique qu'était Monseigneur Léonard pense parfois que quand il a dit une idée, elle est automatiquement comprise et acceptée. Ce qui peut éventuellement être le cas au milieu d'étudiants avec qui on discute, mais ce n'est pas tout à fait la même chose quand on est en face du grand public, et qu'en plus on incarne l'image de l'Église. Parce que, dans les médias, d'une certaine façon, malheureusement, Monseigneur Léonard le primat de Belgique, incarne l'Église de Belgique. Mais l'Église de Belgique est beaucoup plus diverse que celle que montre uniquement Monseigneur Léonard médiatiquement, surtout."

Il n'a pas encore vraiment intégré cette particularité inhérente à sa fonction? Le fait d'être très regardé et le fait que chacune de ses paroles sera analysée et  aura un poids très conséquent…

"L'idée de Monseigneur Léonard, c'est de dire: "J'ai une opinion et je demande que je puisse l'exprimer. Mais ce n'est pas parce que je suis devenu évêque ou archevêque que je n'ai plus  le droit à avoir une opinion." Je crois que c'est vrai, que tout citoyen a le droit d'exprimer une opinion mais, cette opinion (…) quand elle vient d'une autorité responsable, cette même parole dite "du café du commerce" n'a pas le même impact que quand elle est dite au très grand public par l'intermédiaire des médias. Et donc, c'est une chose que Monseigneur Léonard doit à mon sens améliorer dans sa communication et parfois même dire qu'il ne répond pas à telle ou telle question. Par exemple: dans le domaine de l'homosexualité, il est impossible à un moment donné de formuler une opinion qui comprenne une sorte de définition qui ne soit pas interprétée par certains comme étant une forme d'exclusion. Et donc, moi, quand on me parle des personnes homosexuelles, je dit que je respecte les personnes homosexuelles."

Vous dites que Monseigneur Léonard s'exprime de manière assez franche, parfois.  Ce qui "choque" les médias. (…) Est-ce que ça veut dire que pour lui, une mauvaise communication est meilleure que pas de communication du tout?

"Monseigneur Léonard n'a jamais demandé à intervenir dans les médias. Je rappelle qu'il est très souvent l'invité et, dans le milieu des médias, on dit que c'est un "bon biscuit" parce qu'il a toujours quelque chose à dire d'intéressant. Quand on dit intéressant, c'est pas nécessairement que sa parole est intéressant mais qu'elle va susciter un débat. (…)"

Pour revenir sur la démission de Jürgen Mettepenningen, est-ce que vous comprenez cette démission?

"C'est son aventure personnelle (…). Entre Monseigneur Léonard et la conférence épiscopale qui a été mise en cause, et donc, il y a un certain nombre de problèmes dont j'ai entendu parler. Mais je lui laisse la seule responsabilité de sa décision et de ce qu'il a déclaré par après. (…) Je sais qu'il y a des arguments qui sont techniquement erronés. Par exemple, quand il fixe des réunions sans demander à Monseigneur Léonard s'il est présent ou s'il est libre, à quelle date…  C'est un peu délicat de dire que s'il ne vient pas à la réunion, c'est parce qu'il n'a pas voulu être là. Alors qu'en fait, Monseigneur Léonard n'a pas été concerné pour cette date. Donc, je pense qu'il faut aussi nuancer certaines choses."

Mais est-ce que vous, personnellement, vous accepteriez d'être le GPS d'un conducteur fantôme?

"Je ne crois pas. Mais je laisse à Jürgen Mettepenningen cette comparaison. Mais je pense qu'elle est très forcée et quand même pas très respectueuse de celui qui a été son patron et qui l'a nourri pendant quelques mois..."

 

                                                       "Du pouvoir, du sexe et de l'argent"


Il y a aujourd'hui une pression médiatique très forte sur l'Église, et en particulier sur Monseigneur Léonard. Est-ce que vous pensez que ça pourrait l'amener à démissionner?

"Non, je pense que Monseigneur Léonard est entré maintenant dans une période de silence relatif. Il a accepté et discuté avec nous de la meilleure attitude à adopter. Donc, arrêtons aussi de lui poser aussi tout le temps les mêmes questions: ce qu'il pense de l'homosexualité, ce qu'il pense de je ne sais quelle situation. C'est une façon de figer à un moment donné un personnage et, si tous les personnages publiques étaient continuellement interrogés sur ce qu'ils pensent de ceci, de cela (…), je pense que dans beaucoup de situation, on pourrait arriver à des définitions qui finiraient par être fatigantes. Je pense que pour le moment, il n'est pas question de démission. Il est question d'une modération "médiatique" que, d'une certaine façon nous allons imposer puisque Monseigneur Léonard lui-même ne répondra plus à des interviews pendant un petit temps et puis, on verra comment les choses se retrouvent dans quelques semaines."

 

                   Comment réagissez-vous à la pression médiatique à laquelle vous avez dû faire face?

 

Propos recueillis par Catherine Kurzawa & Loïc Verheyen

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