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SIC! au bord de l'overdose PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Perrine Pigeon   
Jeudi, 25 Novembre 2010 20:38

 

Ce 24 novembre, Devoir d'enquête, le magazine d'investigation de la RTBF, diffusait le reportage de Jean-Christophe Adnet et d'Adrien Lasserre, Charleroi au bord de l'overdose. Les deux hommes ont plongé dans le quotidien de la brigade carolo des stups. Un pari audacieux mais brillamment relevé ! Jean-Christophe Adnet est notre invité de la semaine.

Journaliste à la RTBF, Jean-Christophe Adnet travaille depuis dix ans au bureau local d'information de Charleroi radio. Titulaire du Prix Dexia 2010 de la presse radiophonique, l'homme de 34 ans, ingénieur du son de formation, mène également des enquêtes télé. Charleroi au bord de l'overdose est l'une d'entre elles. Danger, pressions extérieures, questions déontologiques et conscience professionnelle ... Jean-Christophe Adnet accepte de revenir sur la réalisation de son reportage pour le journal SIC! Nous l'avons reçu dans nos studios.

Visionnez le reportage ici

Pour votre reportage, vous avez infiltré la brigade des stups carolo. Un pari risqué, non ?

"Je ne pense pas que c'était vraiment risqué à partir du moment où l'on a bien préparé les choses. On a fait en sorte que ça ne soit dangereux ni pour eux ni pour nous. Et principalement, pour notre équipe technique qui était, elle, en première ligne. D'ailleurs, pour éviter tout danger, nous avons utilisé des petites caméras numériques que l'on a fixées sur les enquêteurs. Ce qui a grandement facilité les choses sur les lieux d'une action qui pouvait être, effectivement, dangereuse."

Sur le fond, pourquoi avoir investigué sur un sujet aussi brûlant que celui-ci ?

" L'envie de le faire ... L'envie de décrire une réalité telle qu'elle existe dans toutes les grandes villes européennes. On a choisi Charleroi parce que j'y suis journaliste et que c'est le terrain que je connais le mieux. On aurait pu faire ce reportage à Liège, à Bruxelles ou à Anvers. Ca aurait été la même chose. Il se fait aussi qu'à une époque, nous étions inondés de communiqués de la police. A un moment, on se demande qui travaille derrière ces communiqués et ce que ça représente comme réalité. On voulait aller au-delà et dire à la police ... Très bien, vous désirez que l'on sache ce qui se passe. Ben, alors, laissez-nous aller voir !"

Comment arrive-t-on à intégrer pleinement une équipe de police, à comprendre sa réalité et son quotidien tout en jouant son rôle de journaliste ?

"La manière de l'intégrer, c'est de pouvoir la rencontrer très souvent avant d'enregistrer la première cassette. C'est vraiment primordial ! J'ai eu l'opportunité de faire ce reportage d'abord en radio. Il ne faut pas se le cacher ... C'est beaucoup plus simple. Je suis plus discret qu'avec une équipe de télé. Les enquêteurs n'ont pas à se poser la question de leur anonymat. Pareil pour les personnes interpellées. Alors évidemment le danger, c'est l'immersion. Je ne suis pas un grand partisan de l'intégration du journaliste à une équipe. J'aime toujours garder une distance avec ce que je fais. Il faut pouvoir gagner la confiance des enquêteurs avec qui on va travailler. Mais en même temps, il ne faut pas que ça devienne du copinage. Un reportage comme ça, ce n'est pas la voix de la police. Dans la version télé, on a voulu avoir celle des dealers arrêtés. Que l'on puisse entendre leur histoire, leur version de ce trafic à Charleroi."

Dans certaines images, vous êtes embarqué au sein de la voiture de police. Est-ce que ce n'était pas dangereux pour vous comme pour l'équipe d'intervention qui aurait pu compromettre son enquête ?

"Effectivement, c'est très délicat ! Mais, c'est d'abord extrêmement compliqué à mettre en place. Vous avez quatre personnes: un réalisateur, un journaliste, un caméraman et un preneur du son à intégrer dans une équipe qui parfois, est composée elle-même de quatre personnes. Vous doublez donc une équipe avec une équipe de télévision. Ce qui était à peu près intolérable pour les enquêteurs. Il a donc fallu que l'on comprenne exactement comment ils fonctionnaient, comment ils se rendaient discrets dans la rue et en voiture. Quand les opérations étaient d'envergure, les enquêteurs étaient toujours en première ligne et nous, en deuxième. C'était moins dangereux pour eux comme pour nous."

Quelle est la réaction de la personne qui se fait arrêter quand elle voit une équipe de télé ?

Des images du reportage étaient assez fortes. Je pense notamment à cette descente de police dans une maison où il y a des enfants. L'un d'entre eux se rapproche de la caméra et pose son oeil sur l'objectif. Est-ce que l'on n'est pas un peu dans l'indécence ?

"Nous nous sommes posé la question mille fois au tournage et cent mille fois au montage. En même temps, dans le reportage, on ne voit qu'une seule situation comme celle-là. Au tournage, on en a vu cinquante ! On a tenté de faire ça le moins voyeuriste possible et je vous avoue que l'on a déjà bien édulcoré les images. Des spectateurs m'ont dit que c'était du sensationnalisme. Oui peut-être ... Mais moi, je trouve que c'est le débat qui est finalement intéressant. On a essayé de ne pas faire un reportage soit noir soit blanc mais d'avoir une nuance qui est malheureusement, dans cette situation, gris foncé."

N'avez-vous pas voulu faire un reportage proche du format "Reporters" sur RTL ?

Certaines personnes pensent que votre reportage nuit encore un peu plus à l'image de Charleroi. Comment vous sentez-vous par rapport à ça ?

"Pas bien ! C'est compliqué pour moi parce que Charleroi, c'est une ville que j'adore. J'y suis né et j'y travaille quotidiennement depuis une dizaine d'années. Mais, je dois effectivement reconnaître que je ne participe pas à l'embellissement de son image. En même temps, je suis journaliste et à priori, je dois montrer ce qu'est la réalité. En tout cas, m'en approcher le plus possible."

D'autres retournent le propos et disent qu'au contraire, vous prouvez que Charleroi n'est pas une ville immobile. Que ses brigades d'intervention sont là et se démènent tant bien que mal pour son image ...

Est-ce que l'on ne tombe pas parfois dans de la publicité pour l'ORA [NDLR: Le service de la police locale de Charleroi en charge de la lutte contre le trafic de drogue] ?

"Indéniablement. C'est un dommage collatéral. Mais, objectivement, s'il fallait faire de la publicité pour une brigade, j'aurais choisi celle-là. Ce reportage a changé mon regard sur la police locale. J'ai rencontré des gens qui sont à la fois des enquêteurs de haut vol et des gens très humains. Mais, on ne voulait pas se faire la voix de la police. La police, c'est une voix d'accès vers le trafic de drogue et voilà. "

Vous parlez de voix d'accès. Vous êtes-vous heurté à des barrières pour réaliser ce reportage ?

"De nombreuses barrières effectivement ... Mais, c'est la loi du genre à partir du moment où vous voulez aller vers un sujet qui embête pas mal de gens au niveau politique. Il faut dire qu'à Charleroi, le trafic de drogue, c'est le point de noir. Il génère lui-même une série de délinquances périphériques: de la prostitution, des vols avec violence, des braquages de pharmacies ou de librairies, ... Et tout ça fait que c'est un sujet très délicat. Moi, j'ai eu UNE chance. C'est de pouvoir faire ce reportage d'abord en radio. Ce qui m'a permis d'évoquer l'éventualité de le faire en télé. Evidemment, ça doit faire l'objet d'autorisations de la part du parquet, qui essaye, disons-le, de verrouiller ce type de reportages. Il est dans son rôle en essayant de faire ça. Mais moi, je reste dans le mien en faisant tout pour que rien ne soit verrouillé. Je dois bien avouer que l'on a montré ce reportage au Procureur du roi, Christian De Valkeneer et à son substitut. Mais, il n'a pas été modifié d'une seconde entre le moment où on leur a montré et la diffusion."

Comment vous êtes-vous senti par rapport à ce droit de regard du parquet. Avez-vous eu l'impression que votre liberté de journaliste était restreinte ou l'avez-vous plutôt bien accepté ?

"Au départ, c'était très difficile à accepter voire impossible. Ca me reste d'ailleurs toujours un petit peu en travers de la gorge mais je dois reconnaître que sur le terrain, ca m'a bien aidé. Les policiers savaient qu'ils étaient protégés par le parquet et ne se sont donc pas censurés. Le Procureur et son substitut ont visionné le reportage et m'ont seulement demandé de flouter plus telle ou telle personne. C'était des détails cosmétiques. Maintenant, je me rends compte que c'est  très compliqué de travailler autrement. Nous sommes dans une société où tout le monde se protège de tout et je peux comprendre qu'un magistrat, qui a lui-même une hiérarchie, pourrait se voir reprocher d'avoir accepté telle ou telle chose. Les gens essayent toujours de se protéger. Nous, journalistes, nous essayons de rester dans notre rôle sans faire de concessions sur les plans éthique et déontologique."

Justement, comment gère-t-on un tel sujet déontologiquement parlant ?

Est-ce que l'on ne se rapproche pas parfois un peu du docu-fiction ?

"Il n'y a pas du tout de mise en scène, d'évocation ni de reconstitution. On a utilisé quatre caméras et c'est vrai que ça donne un petit côté fiction au reportage. Je sais que c'est un aspect qui a déplu à certaines personnes. Elles se sont dit pourquoi  de tels effets hollywoodiens pour un reportage de terrain.  De notre côté, on a voulu faire une forme différente de réalisation pour traiter ce sujet. Evidemment, la forme est toujours au service du fond. Mais, je pense qu'on ne s'est pas vraiment lâché. La forme est particulière, très réalisée et pour moi, un reportage très réalisé, c'est un reportage bien réalisé. Nous avons juste utilisé les possibilités de la télé moderne."

Ca ne rend pas le travail des policiers justement un peu hollywoodien ?

"On a édulcoré certaines scènes parce qu'à l'image, ça commençait à devenir un film d'action. Cependant, on ne pouvait pas réaliser ce reportage sans montrer les images des interventions. On en a gardé cinq alors que l'on avait de quoi tenir cinquante minutes. Nous ne voulions pas déforcer le fond avec une forme trop spectaculaire. Mais, je peux comprendre que pour certains, les effets semblent hollywoodiens même si je pense que ce n'est pas tout à fait le cas."

Pour terminer, deux petites questions personnelles ... On vous connaît davantage comme journaliste radio. Avez-vous envie de glisser petit à petit vers la télé ?

Je pense savoir que vous avez reçu un prix pour votre travail journalistique ...

Photos: rtbf.be

 

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