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La poutre des journalistes belges PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Damien Vossen   
Vendredi, 06 Mai 2011 02:44

Au discours caricatural des hommes politiques, les journalistes répondent par un ricanement, pourtant ces derniers sont loins d'être exempts de tout reproche. Pire. Ils entretiennent le statut quo; si le fond de commerce des politiciens est le communautarisme, celui des médias, c'est la crise politique !

Voilà plus d'un an maintenant que la Belgique est sans gouvernement. Quotidiennement, les journalistes suivent les négociations politiques en cours, relatent les exclusives balancées crânement par les hommes politiques, en décomptant de manière jubilatoire les jours qui s'égrainent et qui, irrémédiablement, nous rapprochent de tous les records.

A bien y réfléchir, cela fait en réalité plus de quatre ans (déjà) que la Belgique peine à trouver un nouveau compromis communautaire, quatre ans d'échec politique, mais aussi quatre ans d'échec médiatique. Que les hommes politiques échouent dans leurs missions constitutionnelles, nous aurions été étonnés du contraire (qui a dit « payés pour ne rien faire ? »). Non, ce qui est véritablement inquiétant c'est que les journalistes entretiennent ce climat aride et sec qui nous enfonce chaque jour un peu plus dans une crise identitaire sans précédent. Les journalistes belges ont péché, adoptant aveuglément l'agenda politique proposé par les partis politiques, respectant scrupuleusement les échéances électorales de ces dernières années.

Un petit exemple ? La RTBF et la VRT ont proposé durant les dernières campagnes électorales des points de vue croisés dans leurs journaux télévisés respectifs. L'idée est simple : deux journalistes, un flamand et un francophone, abordent un même sujet vu depuis chaque côté de la frontière linguistique. Ces reportages illustraient souvent de manière éloquente les différentes sensibilités entre le nord et le sud du pays.

Jusqu'ici, il n'y a rien à redire. La vraie question est la suivante : pourquoi ce qu'elles font le temps des élections, la RTBF et la VRT semblent incapables de le faire le reste de l'année. N'y a-t-il donc que durant les 40 jours précédents une échéance électorale que les francophones et les flamands ont des intérêts communs sur des sujets d'actualités ? Non, évidemment, alors pourquoi s'arrêter en si bon chemin ?

Que dire de la polémique qui a entouré la mort de l'ancienne membre du Vlaams Belang, Marie-Rose Morel. Si seulement les rédactions des deux services publics avaient disposé d'un consultant de l'autre communauté, peut-être la polémique aurait-elle pu être évitée, ou à tout le moins anticipée. Bien sûr, certaines polémiques sont nécessaires, et même bénéfiques. Cependant, ne pas anticiper ces polémiques les font se réduire à la vague de commentaires, souvent véhéments, qui les accompagnent. Il est dés lors bien difficile de faire de la pédagogie, sauf à retardement, mais il est alors trop tard : le mal est fait.

Le 14 juin 2010, la RTBF tient son édition spéciale post-électorale. Les quatre présidents des partis traditionnels francophones sont présents sur les plateaux du journal télévisé, à l'exception d'Elio di Rupo, remplacé par Paul Magnette pour l'occasion (source). Aucun de leurs homologues flamands n'a apparemment été convié pour cette édition (à moins qu'ils aient tous déclinés l'invitation). Dans une telle configuration, le discours servi par nos représentants ne peut être que plat... Pas sûr qu'ils s'exprimeraient de la même façon si il y avait des responsables de partis flamands dans le coin. Où sont donc Alexander de Croo, Bart de Wever et Wouter Beke ? C'était pourtant une élection... fédérale.

Autre exemple, lors des inondations de novembre dernier, il a fallu attendre plusieurs jours pour avoir des nouvelles de ce qui se passait en Flandre. Alors qu'on nous parlait tous les jours de ce qui se déroulait au fin fond de la province du Luxembourg, on a découvert trois jours après que la moitié de la Flandre, elle aussi, était sous les eaux. Ah, ce cher fédéralisme bien de chez nous. 

A qui la faute ? A personne et à tout le monde en même temps, c'est un état d'esprit. Comment expliquer que le flamand ne soit rendu obligatoire, en deuxième langue, que depuis l'année passée dans la formation des journalistes sortant de l'Université Libre de Bruxelles ? Bien sûr, on peut (on doit) se réjouir de ses nouvelles dispositions, mais que de temps perdu... Nous sommes en 2011, dans un métier de la communication.

Il est temps de le dire : un journaliste qui ne sait pas parler ni comprendre le flamand ne sait pas communiquer avec plus de la moitié des citoyens de son propre pays. Autant dire qu'un journaliste qui ne sait pas parler flamand en Belgique n'est qu'une moitié de journaliste. J'en fais partie, et j'en ai honte.

Le sociologue Felice Dasseto, dans un entretien à la Libre (source) faisant suite à la manifestation Shame, analysait : « Selon moi, le vrai défi, c’est que la classe politique, les observateurs, les journalistes parviennent à décoder l’urgence d’un post-modèle fédéral des années 70. Mais je ne suis pas sûr qu’ils savent le faire, car ils sont dans la génération et la logique qui se nourrit de toute l’évolution de ces réformes successives du cadre fédéral des années 70. » Alors Johanne Montay, François de Brigode et consorts seraient trop "seventies" pour faire correctement leur travail ? Peut-être, toujours est-il qu'il est plus que temps d'être créatif et de multiplier les initiatives qui permettent d'améliorer la visibilité de la Flandre et du (des) point(s) de vue flamand(s) dans les médias belges francophones, et réciproquement.

Il est grand temps que les interviews politiques de représentants flamands ne soient plus des guet-apens, que les plateaux de télévision cessent d'être des tranchés communautaires. Assez de clash entre Geluck et Van Rompuy , assez de Marseillaise cruelle, assez ... !

Heureusement, les rédactions commencent, lentement, à prendre conscience de leur responsabilité dans la fracture du pays. Le Soir en particulier, du côté francophone, semble avoir pris partiellement la mesure du défi qui attend les médias de notre pays. On se souviendra des collaborations avec le journal flamand De Standaard par exemple (source). Les initiatives d'ouverture à l'égard de la communauté flamande se sont multipliées depuis le début de la crise en 2007, mais il faut aller plus loin encore.

Difficile de ne pas penser à Christophe Deborsu et à son livre "Dag Vlaanderen" (entretien au journal Le Soir), ou la Wallonie expliquée aux flamands. Un acte simple, mais non dénué de lucidité, qui doit être répété puisqu'on doit repasser par là. Aussi futile soit-elle, la chronique de Carl Huybrechts dans Studio 1 est également une ouverture intéressante dans une émission "foot" généralement consacrée exclusivement aux clubs wallons ou bruxellois.

Nous pouvons nous amuser de la frontière qui sépare les hommes politiques du Nord et du Sud, tant que nous n'ignorons plus la frontière médiatique que nous renforçons chaque jour et qu'il est grand temps d'effacer. A quand un reportage flamand quotidien dans le journal télévisé de la RTBF ?

Commentaires
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Meert Jean-françois  - Avis sur l'article   |213.49.234.xxx |2011-05-06 09:37:40
Je suis totalement d'accord avec vous. les pouvoirs publiques francophone sont
toujours aveugle, malgré les quelques effort depuis 2007 et Bye-bye
Belgium.

"sois belge et tais-toi" Et Bert Kruisman nous donne quand
même un espoir.
Spock.   |195.244.169.xxx |2011-05-06 10:00:58
Honte à l'ULB de ne pas avoir imposé le néerlandais avant dans notre section!
HONTE!

Merci pour le fardeau! Je n'ai plus qu'à sacrifier mon temps en sortant
de l'unif pour apprendre le néerlandais! Comme si je n'avais eu QUE ça à
faire pendant mon cursus (MA1 et MA2 de malades?).

J'aurais peut-être dû
faire Solvay, au moins, chez eux, on vise très haut dans la formation et
surtout dans l'organisation, qui est un point très discutable chez nous... (CF.
JT).
Spock.   |195.244.169.xxx |2011-05-06 10:02:15
J'ajoute: BIEN DIT pour l'entièreté du billet! BIEN DIT!
OCroughs  - Chouette!   |Publisher |2011-05-06 14:10:20
J'approuve évidemment! Très chouette article!
Clément Vossen  - Enfin!   |87.64.214.xxx |2011-05-06 17:26:47
A force de créer trop de clivages, on s'étonne de ne plus comprendre
l'Autre.
Mais comment voulez-vous avancer vers un but commun, avec l'Autre,
quand nos connaissances communes ne sont, d'un point de vue linguistique, pas
bonnes et d'un point de vue socio-culturelle, en décalage complet?
Sgualda  - Tout à fait d'accord   |91.86.7.xxx |2011-05-09 17:49:07
Très bon article!
Perso, j'ai le sentiment que les médias francophones qui
multiplient ces pseudos-initiatives de dépassement de la frontière le font
juste pour leur "bonne conscience". Dans les faits, c'est une coquille
vide. Les reportages "made in vlanderen" du 15 minutes de la Deux sont
un très bon exemple: on présente ça comme une nouveauté, une exclu, mais ce
ne sont jamais que des reportages de la VRT qui sont doublés ou sous-titrés.
Aucun journaliste francophone n'a traversé la frontière linguistique!
RTL-TVI
fait la même chose en récupérant des reportages de faits divers de VTM et en
les doublant...
Triste "pays"...
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